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Avec au moins 215 000 touristes, 2022 a frisé les records de l’ère pré-Covid, et les réservations 2023 semblent confirmer cette trajectoire porteuse. Reste à pérenniser cette réussite, insiste Jean Marc Mocellin, directeur de Tahiti Tourisme, sur Radio1, en pariant plus que jamais sur le développement durable. Compensation carbone locale, réduction des déchets, limitation du nombre de clés… Mais aussi changement d’approche sur les projets hôteliers.
Vent d’optimisme dans le tourisme. Là où certains prédisaient prudemment, après les premiers confinements, une reconstruction de l’activité qui prendrait « entre 3 et 5 ans », la Polynésie a retrouvé les chiffres de fréquentation de 2019, pourtant une année record, dès le mois d’avril 2022. S’ajoutent les taux de remplissage excellents, même hors saison, l’hôtellerie de luxe qui a pu monter ses prix et le bon niveau de réservations… La reprise exceptionnelle du secteur est constatée par « tous les professionnels », et elle semble même avoir tiré toute l’économie polynésienne de plus de deux ans de marasme pandémique. « En 2022 on va terminer aux alentours de 215 000, 218 000 touristes, c’est à peine 8% de moins qu’en 2019, en sachant que le premier trimestre, si ce n’est le premier quadrimestre était encore sinistré par Omicron et que certains marchés, l’Asie notamment, sont encore fermés, précise Jean-Marc Mocellin, directeur général de Tahiti Tourisme, qui était l’invité de la rédaction de Radio1 ce lundi. Ce sont des chiffres inespérés. »
Certes, une partie de ces bons résultats est à imputer à la réouverture mondiale, qui a libéré de milliers de réservations reportées depuis deux ans. Sans compter le « revenge travel » : partir, loin si possible, pour oublier les restrictions de déplacements de ces dernières années, et dépenser l’épargne accumulée. À la force du dollar aussi, et la densification de la desserte aérienne. Mais pour le responsable, c’est aussi la stratégie d’ouverture « courageuse » du tourisme polynésien – qui a longtemps fait débat – qui a permis cette reprise. « Les destinations comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande, les îles du Pacifique qui n’ont rouvert que l’année dernière ont recommencé à zéro. Nous, nous n’avons jamais réellement été fermés, nous avons gardé nos contacts », reprend le responsable. Même si certains marchés restent frileux – comme le Japon, raison pour laquelle ATN a choisi de reporter la reprise de ses vols à octobre prochain, mais aussi l’Allemagne, par exemple – la crise est bien « derrière nous » insiste Jean-Marc Mocellin. Qui annonce des chiffres encourageants de réservation en 2023 : +6% de réservations entre janvier et juin par rapport à 2019, et des clients qui s’y prennent « beaucoup plus tôt » pour la haute saison de juillet et août.
280 000 touristes, 3 000 clés
C’est au plus long terme que les inquiétudes peuvent poindre. Nombreux sont les commentateurs – le dernier en date était probablement Jean-Marc Regnault avec son opuscule Ne vous laissez pas submerger par le monde qui vient – qui se sont interrogés sur l’avenir du tourisme mondial, et notamment des voyages longue distance, dans un monde qui va devoir se mobiliser davantage contre les changements climatiques. C’est là qu’intervient la stratégie touristique Fari’ira’a Manihini 2027, pointe Jean-Mocellin. Une stratégie « co-construite » pendant de longs mois et présentée ces dernières semaines au public, aux professionnels et aux institutions. Car « tous » doivent être impliqués dans ce grand mouvement vers un tourisme durable, dont 2023 serait « l’année zéro ». Les grands objectifs sont connus : faire du fenua une destination « boutique », une « destination à taille humaine, axée sur les expériences culturelles et les rencontres avec la population », une « destination responsable » qui privilégie « la qualité à la quantité », avec cette idée d’augmenter la durée de séjour par touriste et ne pas dépasser « un touriste pour un habitant » plutôt que de viser 500 000 touristes dans l’année…

Même idée pour l’équipement hôtelier : le nouvel objectif est d’atteindre « 3 000 clés » dans le parc polynésien à l’horizon 2027, contre environ 2 500 aujourd’hui. Un chiffre qui devrait déjà approcher des 2 700 avec les réouvertures prévues à Bora Bora. « Ça laisse peu de marge, reconnait le directeur de Tahiti Tourisme, mais l’objectif n’est pas de multiplier le nombre d’hôtels mais de trouver des moyens de développer l’hébergement de manière équilibrée ».
« On ne peut plus, même sur un terrain privé, construire ce qu’on veut »
Un tourisme mieux réparti aussi. Dans le temps pour « lisser les saisons » et ainsi disposer d’emplois plus stables, d’infrastructures mieux dimensionnées et d’une économie plus solide. Mais aussi dans l’espace, pour « partager le développement et les bénéfices » autant que pour éviter les trop fortes pressions sur certaines îles, sources de tensions foncières et sociales. Le patron de Tahiti Tourisme dit même « comprendre » les mouvements de protestations qui ont éclos, à Moorea notamment, contre des projets hôteliers. « Aujourd’hui on ne peut plus, même sur un terrain privé, décider de faire ce qu’on veut, il faut communiquer, expliquer, s’assurer que la communauté qui est autour en profite et ne soit pas au contraire victime du développement. Un développement durable, ça veut dire qu’on maximise les avantages du développement touristique et on minimise les impacts défavorables », du point de vue social, environnemental ou culturel.
La nouvelle stratégie a donc aussi pour objectif de préserver la filière sur le long terme et surtout ses atouts face aux destinations concurrentes, souvent « plus proches des marchés et sans doute moins chères ». « Le premier, c’est la population, avec son sens de l’accueil, sa culture, ses sourires… Si on ne maîtrise pas notre développement, on va avoir à un moment donné un rejet de la population et on va perdre cette atout très important, précise le directeur général. Le deuxième atout, c’est notre nature, notre environnement, et si on en prend pas soin, évidemment, on est en train de scier la branche sur laquelle on est assis ».
Une fondation pour des compensations carbone locales
Concrètement, un « collège du tourisme durable » va être constitué pour lancer et suivre les projets, d’envergure ou de plus petite taille, liés à cette stratégie. Jean-Marc Mocellin cite, par exemple, le remplacement des bouteilles et autres consommables en plastique dans l’ensemble de la filière pour maitriser la production de déchets, le changement « petit à petit » de la communication internationale pour introduire d’autres « messages » dans la carte postale…. Ou encore le projet, déjà lancé, de calculer exactement l’empreinte carbone du tourisme polynésien, étude qui n’a pas été menée jusqu’alors.
Autre projet important, mené avec le ministère de l’Environnement : la création d’une fondation qui permettrait aux voyageurs de compenser localement l’empreinte carbone de leur vol, en finançant des projets de restauration environnementale polynésiens. Cette fondation, à défaut de pouvoir présenter des projets certifiés internationalement – la démarche serait trop complexe et trop onéreuse – permettrait de mettre en place un système de certification locale de ces projets de compensation carbone. « Beaucoup de touristes souhaitent compenser leur empreinte, note le responsable. Aujourd’hui c’est difficile, et il n’y a pas d’outil en Polynésie qui leur permet de faire ça. »
Autant de projets qui seront évoqués lors de plusieurs rendez-vous ces prochaines semaines : la conférence annuelle de tahiti Tourisme, ce lundi 30 janvier, le Parauparau Tahiti 2023, plus axé sur l’international, le 1er février à la présidence, puis dans la lignée du Salon du tourisme du 3 au 5 février, le séminaire des comités du tourisme qui se tiendra le lundi 6 et mardi 7 février au Hilton Tahiti.

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