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Les épreuves des JO de Paris 2024 auront bien lieu à Tahiti.
OLJ / le 25 août 2022 à 00h00
Teahupo’o signifie « têtes coupées » en tahitien. Le nom ne vient pas de la vague elle-même, mais d’une ancestrale tradition du village éponyme. La vague est appelée Hava’e, mais le nom Teahupo’o contribue au mythe et le récif a déjà fendu quelques crânes de surfeurs téméraires. Photo DR
Les meilleurs surfeurs du monde s’affronteront bien pour l’or olympique sur « la mâchoire de Hava’e » : les conventions pour l’organisation des épreuves de surf sur la redoutable vague de Teahupo’o, à Tahiti, ont été récemment signées entre la Polynésie et le Comité d’organisation des JO (COJO) de Paris 2024. « Nous allons en faire un événement à la hauteur de vos attentes », a promis Édouard Fritch, président de la Polynésie française, lors de la signature des trois documents avec Tony Estanguet, président du COJO de Paris 2024, et des représentants de l’État français.
La première convention porte sur la mise en place d’infrastructures sur le site de Teahupo’o, la deuxième est centrée sur le volet sécuritaire de l’événement, tandis que la dernière concerne le passage de la flamme olympique en Polynésie française. Symboliquement, ces conventions ont été signées au siège de la Fédération tahitienne de surf à Papara, sur le littoral sud-ouest de Tahiti, où sera installée une fan-zone face à l’océan lors des épreuves olympiques.
Cette signature entérine donc le choix de Teahupo’o comme site des prochaines épreuves olympiques de surf, malgré les inquiétudes d’une partie de la population locale qui craint de voir les lieux dénaturés par les aménagements nécessaires pour accueillir la compétition.
Un mythe olympique
Teahupo’o ne s’offre pas au premier venu : accès au village, difficultés de la vague, aménagement du site… tout concourt à faire de ce lieu un mythe olympique.
D’abord, il faut s’y rendre ! Une fois accomplies les vingt heures d’avion depuis la métropole, il faut encore quitter Papeete, traverser les zones rurales de Tahiti, atteindre la presqu’île et aller jusqu’au bout de la route. Tout au bout, jusqu’au PK0, le point kilométrique zéro. Là, au bout de près de deux heures, la route s’arrête juste avant une rivière. Une sculpture de vague et un longboard dressé sur un petit rond-point se prêtent aux photos des touristes. Au-delà, encore quelques fares, ces petites maisons locales, simples, décorées de paréos et de colliers de coquillages suspendus, nichées dans une dense forêt tropicale. Seule une passerelle piétonne surplombe la rivière : les habitants ne veulent pas de pont, même si la « zone vie » des surfeurs doit être installée juste après pour les Jeux olympiques. « Ils pourront toujours traverser en 4 x 4, comme nous, sauf quand il pleut beaucoup et que l’eau monte », glisse Melba Aurentz, la gérante du snack PK0, où Kelly Slater, onze fois champion du monde, aime déguster un poisson cru.
Teahupo’o, c’est un village, un littoral sauvage et une vague de renommée mondiale, mais c’est surtout un mode de vie traditionnel que les habitants souhaitent conserver. Même avec la perspective des Jeux, Teahupo’o tient à rester Teahupo’o, avec une empreinte minimale de l’homme sur la nature.
Hava’e la terrible
La vague est là, juste en face, à quelques centaines de mètres. Vu d’ici, le joli rouleau paraît inoffensif. Mais Teahupo’o signifie « têtes coupées » en tahitien. Le nom ne vient pas de la vague elle-même, mais d’une ancestrale tradition du village. « Aux temps anciens, quand on se baignait ou qu’on pêchait pendant le rahui, la période interdite, on se faisait couper la tête, et un mur de crânes était exposé le long du chemin », raconte Milton Parker (48 ans), qui accueille des surfeurs dans sa pension. La vague elle-même est appelée Hava’e, mais le nom Teahupo’o contribue au mythe et le récif a déjà fendu quelques crânes de surfeurs téméraires.
« Surfer cette vague, c’est prendre des risques, parce qu’elle creuse sur le récif et le risque de le toucher est important », explique Kauli Vaast, l’un des meilleurs espoirs tahitiens, qui compte bien se qualifier pour les Jeux. Il dit ressentir le Mana, cette force spirituelle venue des ancêtres et des éléments. « Quand tu surfes cette vague, tu vois l’eau turquoise et les coraux juste en dessous, les personnes heureuses sur les bateaux, les montagnes et le lever du soleil dans le tube, pile en face de toi. La perfection ! » se réjouit-il.
Kauli Vaast et les meilleurs locaux ont déjà surfé Teahupo’o sur des hauteurs de plus de dix mètres. Il faut alors être tracté par un jet-ski pour prendre cette vague puissante. Les conditions idéales, en compétition, se situent plutôt autour de trois ou quatre mètres. Et c’est ce qu’espèrent trouver les surfeurs du circuit mondial pour le Tahiti Pro, dernière étape de la saison avant les finales en septembre. Kauli Vaast, qui a validé son ticket en remportant les essais, mais aussi Michel Bourez, invité, ou encore Johanne Defay et Vahine Fierro du côté des femmes.
Teahupo’o, c’est un village au sud-ouest de Tahiti, un littoral sauvage et une vague de renommée mondiale, mais c’est surtout un mode de vie traditionnel que les habitants souhaitent conserver. Beaucoup craignent que leur village soit « dénaturé » par les constructions prévues pour les Jeux olympiques de Paris 2024. Photo DR
Système d’accréditations
Pour apprécier le spectacle, il faut venir en bateau et le pilotage dans cette zone exiguë est tout un art. « Il peut y avoir jusqu’à vingt bateaux sur le spot, en comptant les bateaux médias, c’est grand maximum 200 personnes », explique Milton Parker, lui-même pilote. « On ne peut se mettre qu’à un endroit, entre deux vagues dans un espace de 30 mètres, sinon on peut se faire retourner », ce qui est déjà arrivé.
Le ministre polynésien des Sports, Naea Bennett, estime que seul un système d’accréditations permettra d’éviter les embouteillages, à la fois sur l’eau et sur l’unique route qui mène au village. « Ce serait trop bête que les locaux ne puissent pas aller voir », s’inquiète Niré Rochette, une serveuse de 42 ans dont la famille pêche depuis toujours près de Teahupo’o. Comme beaucoup d’habitants, elle craint surtout que son village soit « dénaturé » par les constructions.
Pour éviter ces aménagements en vue des JO, les organisateurs devraient être logés chez l’habitant et les sportifs dans un hôtel à reconstruire, à 13 km du spot, voire sur un bateau de croisière, si les travaux de réfection ne sont pas terminés. « Et pour les travaux à Teahupo’o, c’est vrai qu’on peut avoir quelques craintes, mais pour le moment rien n’a été fait, donc on ne s’inquiète pas », sourit Kauli Vaast.
Source : AFP
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