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La Polyenise s’essouffle. Avec plus de 2 800 cas pour 100 000 habitants, l’augmentation du nombre de patients en détresse respiratoire fait fondre les stocks d’oxygène du Pays comme neige au soleil. En lien permanent avec l’Arass et le ministère de la Santé, les prestataires privés de distribution d’oxygène se rassemblent quasi quotidiennement au sein d’une cellule de crise pour coordonner la gestion des stocks et l’approvisionnement d’appareils de ventilation dans tout le pays. Acteurs essentiels dans cette gestion de crise, ce sont eux qui appareillent les patients à domicile afin de leur éviter une évacuation vers l’hôpital, aujourd’hui débordé.
« Ce qu’on livrait en trois mois en temps normal, on doit le faire en une semaine actuellement » rapporte la direction d’Isis Polynésie. C’est qu’en plus des patients habituels non covid, les entreprises de santé à domicile sont aussi sollicitées par les médecins généralistes, habilités à prescrire des concentrateurs d’oxygène à domicile, pour préserver justement le navire amiral. Ces dernière 24 heures, Isis a installé l’équivalent de trois mois standards de concentrateurs d’oxygène à domicile. « Notre objectif est de tenir jusqu’à la stabilisation de l’épidémie » explique le responsable. La pression est énorme afin de compenser l’explosivité des cas sur tous les fronts.
Les stocks de l’Agence nationale de santé publique sollicités
Et devant l’afflux intarissable de patients, le navire amiral manque lui aussi d’oxygène, notamment pour ses lits de « campagne ». Car si l’hôpital est le seul à être doté de générateurs d’oxygène, la distribution par la tuyauterie ne peut pas alimenter tous les lits, notamment dans les services qui ne sont pas faits pour ça. A l’instar de la nef, dont les lits ne sont pas reliés au circuit. En lien avec l’Arass, la direction a donc fait appel à des concentrateurs d’oxygènes. Ces appareils transforment l’air ambiant en oxygène. Ils peuvent insuffler jusqu’à 9 litres par minute.
Du côté des autorités sanitaires, on reconnaît vouloir « privilégier » ce type d’appareils. Une commande de 144 concentrateurs d’oxygène est d’ailleurs attendue ce samedi soir sur un vol d’ATN. L’oxygène étant au cœur de la prise en charge des patients, le Pays tape à la porte de la Nouvelle-Zélande ou des Etats-Unis pour en trouver. Les autorités sanitaires ont même fait appel au haut-commissariat pour solliciter les stocks de l’Agence nationale de santé publique, bien que la pénurie guette également la métropole. Car outre son aspect pratique, mobile et autonome, l’engin a aussi vocation à soulager le débit d’oxygène de l’hôpital, aujourd’hui en surchauffe. Une tension permanente qui, à la longue, menace de faire sauter le circuit de gaz médical dans tout l’hôpital.
« En fonction de la consommation d’oxygène des patients, on calcule à notre tour les rotations des bouteilles entre Gazpac et le CHPF »
Pour calmer la tension, le CHPF s’appuie sur tout ce qu’il peut, dont les bouteilles d’oxygènes. La pharmacie de l’hôpital calcule ainsi scrupuleusement les besoins pour chaque lit armé non relié à la canalisation et pour chaque rotation (remplissage des bouteilles vides et retour des bouteilles pleines). « En fonction de la consommation d’oxygène des patients, on calcule à notre tour les rotations des bouteilles entre Gazpac et le CHPF » indique-t-on du côté des autorités sanitaires. Un partenariat qui intervient dans le cadre d’une convention entre le Pays et Gazpac, seul fabriquant de gaz industriel et pharmaceutique de la Polynésie et de la Calédonie. Financé par le Pays, l’oxygène liquide est ainsi stocké à Motu Uta dans trois cuves d’Isotank, rechargées en Nouvelle-Zélande ou en Nouvelle-Calédonie.
« Sur l’ensemble des quatre hôpitaux, la consommation a été multipliée par dix cette dernière semaine »
Mais les bouteilles vides -notamment les petites recharges B5- viennent aussi à manquer. Notamment du côté des hôpitaux périphériques, dépourvus de générateur d’oxygène (Uturoa, Nuku Hiva, Moorea, Taravao). Et c’est là que ça coince. Elles-mêmes saturées (à l’exception de Nuku Hiva, où 80% de la population est vaccinée), ces structures sont prises d’assaut par des patients Covid dans un état grave. Par conséquent, ces malades consomment encore plus d’oxygène. « Il leur faut donc plus de bouteilles par jour, sur l’ensemble des quatre hôpitaux, la consommation a été multiplié par dix cette dernière semaine » signale une technicienne du ministère. Pour honorer la demande et assurer la continuité de l’approvisionnement, l’Arass cherche à augmenter les rotations à hauteur de neuf cuves Isotank.
Des rotations que l’agence de régulation cherche aussi à augmenter sur les consignes d’oxygène. D’où l’acheminement de 100 bouteilles vides, jeudi soir, sur le même vol d’Aircalin que les huit professionnels de santé. Une bonne nouvelle pour les autorités sanitaires qui raclent les fonds de tiroir pour trouver en parallèle des unités supplémentaires, y compris chez des anciens patients qui ne s’en servent plus. Mais l’approvisionnement dans les îles de bouteilles lourdes et difficile à manipuler s’avère également compliqué d’un point de vue logistique.
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