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Confinements et restrictions sanitaires ont converti au « distanciel » les réunions des Alcooliques anonymes ou de personnes au chevet de proches malades.
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Cette visioconférence ressemble à beaucoup d’autres. Ceux qui sont en avance papotent en ajustant leur écran, on se brosse les cheveux devant une fenêtre où se découpent, sur le ciel bleu, quelques arbres nus. Dans la voix de quelqu’un chante un accent du Sud, tandis qu’une femme parle depuis l’outre-mer. Chez elle, c’est le soir ; pour les autres, il est 8 heures du matin et la réunion des Alcooliques anonymes (AA) commence.
Les volontaires « lèvent la main » virtuellement pour prendre la parole dans cette conférence Zoom. Il y a Jennifer [un prénom d’emprunt, comme pour tous les membres des Alcooliques anonymes mentionnés dans cet article], qui « essaie de ne pas prendre ce putain de premier verre » ; Frédéric, qui n’a « pas envie de tout perdre une énième fois » ; ou encore Marthe, « démunie, épuisée », qui s’interroge : « Je n’ai pas parlé pendant quelques jours, j’aurais peut-être dû. » A la fin de chaque intervention, on se souhaite « bonnes vingt-quatre heures », une nouvelle journée d’abstinence.
Pour les personnes combattant l’addiction ou coutumières de pratiques à risque, pour les malades et leurs proches, les groupes de parole permettent de partager soutien moral, conseils et information. Depuis mars 2020, les deux confinements et la distanciation physique ont conduit bien des structures à basculer leur offre en ligne. Ainsi, les 600 groupes AA de France ont suspendu leurs réunions physiques. A la place, 80 groupes de parole sont accessibles par Internet.
Eric y participe assidûment. Ce trentenaire « bataille » depuis dix ans, et dans l’hôpital où il suit une chimiothérapie pour un cancer des poumons, les groupes de parole en « visio » – il n’a connu que ça – sont sa « bouée de sauvetage ». Il s’est connecté, par téléphone, à des séances au Québec, en Suisse, en Belgique. « Je me fais tirer par le haut, dit-il. Ce qui compte, ce n’est pas la distance ou le temps, c’est de faire le chemin ensemble. »
Plusieurs référents de groupes contactés par Le Monde louent la visioconférence pour avoir permis de garder le contact avec leur public, voire de l’élargir. « En milieu rural, cela a permis d’éliminer soit le coût, soit le temps de transport », abonde Benoît Durand, directeur délégué de l’association France Alzheimer. La « visio » a aussi aidé Juliette à entrer en douceur aux Alcooliques anonymes, en décembre. « Le passage par l’écran est plus facile. Au début, on écoute. Et quand j’ai commencé à témoigner, c’était sans la caméra », relate cette quadragénaire qui, depuis vingt ans, a tout essayé : psychiatrie, hypnose, baclofène… Dernièrement, quand elle est tombée sur des bouteilles qu’elle avait dissimulées, elle les a jetées : « Je n’avais jamais fait ça de ma vie. »
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