La navigation traditionnelle polynésienne

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Les distances en jeu excluent le hasard. Entre Tahiti et Hawaii, ou entre Tahiti et la Nouvelle-Zélande, on compte plusieurs milliers de kilomètres d’océan ouvert. À l’échelle du seul territoire polynésien, les Marquises se situent déjà à plus de 1 400 kilomètres de Tahiti à vol d’oiseau.

Un compas d’étoiles

Le principe central est celui du compas stellaire. L’horizon est mentalement divisé en secteurs, chacun associé à des étoiles dont on connaît le point de lever et de coucher. Une étoile ne servant de repère que le temps de sa montée, le navigateur enchaîne les astres au fil de la nuit : chaque étoile qui s’élève trop haut est remplacée par la suivante qui se lève au même point.

Ce savoir se transmettait par mémorisation. Il n’existait ni carte ni écrit : la position des étoiles, les routes entre îles, la séquence des astres pour une traversée donnée étaient apprises par cœur et récitées, ce qui suppose une formation longue et un enseignement organisé.

La houle, les nuages, les oiseaux

De jour, les étoiles ne sont pas disponibles. La houle prend alors le relais : les trains de houle générés par les vents dominants conservent une direction stable sur de longues distances, et un navigateur exercé perçoit leur angle par le mouvement de la coque, y compris sans les voir distinctement.

Une île se signale bien avant d’être visible. Un lagon renvoie sur le dessous des nuages une lueur verte reconnaissable. Les nuages eux-mêmes s’accrochent aux reliefs et stationnent au-dessus des îles hautes. Enfin, certains oiseaux marins pêchent au large la journée mais rentrent à terre le soir : leur direction en fin de journée indique une terre.

Un savoir interrompu, puis repris

La navigation hauturière traditionnelle s’est éteinte dans la plupart des archipels au cours des XIXe et XXe siècles, à mesure que les navires européens prenaient le relais. Le savoir a subsisté par endroits, notamment en Micronésie, où quelques navigateurs le maintenaient encore.

C’est de là qu’est venue la reprise. En 1976, la pirogue double Hōkūle’a a rallié Hawaii à Tahiti sans instrument, guidée par un navigateur formé à cette tradition. La traversée a établi que les routes de peuplement étaient réalisables intentionnellement, contre l’hypothèse alors répandue de dérives accidentelles.

La Polynésie française a suivi ce mouvement : la pirogue Fa’afaite, mise à l’eau au XXIe siècle, navigue selon ces méthodes et forme des équipages. La navigation traditionnelle est ainsi devenue un enseignement actif, non un objet de musée.

Questions fréquentes sur la navigation polynésienne

Comment les navigateurs s’orientaient-ils sans instrument ?

Par un compas stellaire mémorisé, qui associe des points d’horizon au lever et au coucher d’étoiles précises, complété de jour par la direction de la houle, la forme des nuages, la lueur des lagons et le vol des oiseaux marins.

La navigation traditionnelle se pratique-t-elle encore ?

Oui. Elle a été reprise à partir de 1976 avec la traversée de la pirogue Hōkūle’a entre Hawaii et Tahiti, et se pratique aujourd’hui en Polynésie française notamment avec la pirogue Fa’afaite.

Qu’est-ce que le triangle polynésien ?

C’est l’aire culturelle délimitée par Hawaii au nord, la Nouvelle-Zélande au sud-ouest et l’île de Pâques au sud-est, peuplée par des navigations successives depuis l’ouest du Pacifique.

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