Le ahima’a, le four enterré polynésien
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Le mot se décompose en ahi, le feu, et ma’a, la nourriture. On rencontre aussi le terme générique umu, employé dans une grande partie du Pacifique pour désigner le même principe : les Samoa, les Tonga, Wallis, Hawaii et la Nouvelle-Zélande connaissent tous une variante de ce four.
Un principe de cuisson, pas une recette
Le ahima’a n’est pas un plat mais une technique. Une fosse est creusée, garnie de bois, puis de pierres choisies pour résister à la chaleur sans éclater — des roches volcaniques denses, réutilisées d’une fois sur l’autre. Le bois brûle une à deux heures jusqu’à ce que les pierres rougissent.
Les braises sont ensuite retirées et les pierres réparties au fond de la fosse. Les aliments, enveloppés dans des feuilles de bananier ou de purau, sont posés dessus par couches, puis recouverts de feuilles, de sacs humides et de terre. Le four est alors hermétique : la vapeur dégagée par les feuilles et par les aliments eux-mêmes assure la cuisson.
Rien ne se contrôle une fois le four fermé. Il n’y a ni thermostat, ni ouverture de vérification : soulever la couverture ferait chuter la température et gâcherait la fournée. Tout se joue avant, dans le choix des pierres, la durée de chauffe et l’ordre d’empilement des aliments — ce qui met le plus de temps à cuire au plus près des pierres.
Ce que l’on y cuit
Le contenu d’un ahima’a varie selon les familles et les occasions, mais une composition revient. Le cochon entier ou en morceaux occupe le centre. Autour, les tubercules : taro, patate douce, manioc, et le uru, le fruit de l’arbre à pain, qui cuit à même les pierres avec sa peau.
Le fafa, un plat de feuilles de taro cuites avec du poulet et du lait de coco, accompagne presque toujours le four. Le po’e, entremets à base de fruits et d’amidon, y cuit également, enveloppé dans ses feuilles. Le poisson, lui, se prépare plus souvent cru en dehors du four.
Le ma’a Tahiti du dimanche
Le repas issu du ahima’a porte un nom : le ma’a Tahiti. Il se tient traditionnellement le dimanche, après le culte, et rassemble la famille élargie. Sa préparation commence la veille au soir ou tôt le matin, puisque la cuisson demande plusieurs heures et que le four doit être creusé et chauffé avant.
Cette contrainte de temps explique la place du ahima’a dans la semaine. Un four ne se fait pas pour deux personnes ni pour un soir de semaine : la quantité de bois, de pierres et de travail n’a de sens qu’à l’échelle d’un rassemblement. C’est un mode de cuisson collectif, et l’ouverture du four, quand la terre est retirée et que la vapeur monte, constitue le moment attendu du repas.
Où le rencontrer aujourd’hui
Le ahima’a se pratique toujours dans les familles, sur l’ensemble des archipels. Les visiteurs le rencontrent le plus souvent dans deux cadres : les buffets du dimanche proposés par certains établissements, et les repas servis dans les pensions de famille, où la cuisson au four enterré fait partie de ce qui est présenté aux hôtes.
Aux Marquises comme aux Tuamotu, la technique est identique ; les produits changent avec ce que l’île fournit. Sur un atoll, où ni rivière ni terre profonde ne permettent la culture du taro en abondance, la part des tubercules diminue au profit du poisson et du coco.
Questions fréquentes sur le ahima’a
Combien de temps dure la cuisson dans un ahima’a ?
La cuisson se compte en heures et non en minutes. Un four garni le matin est ouvert en milieu de journée : le temps exact dépend de la taille du four, de la quantité de pierres et de ce qu’il contient, un cochon entier demandant nettement plus qu’un four de tubercules.
Quelle différence entre ahima’a et umu ?
Il s’agit du même principe de four enterré. Ahima’a est le terme tahitien, umu le terme employé plus largement dans le Pacifique. Selon les îles et les langues, la même technique porte l’un ou l’autre nom.
Peut-on assister à la préparation d’un ahima’a ?
Oui, plusieurs pensions de famille et associations culturelles ouvrent la préparation à leurs hôtes, du creusement de la fosse à l’ouverture du four. C’est le seul moyen d’en voir l’essentiel : une fois le four refermé, il n’y a plus rien à observer pendant plusieurs heures.