Le taro, le uru et les plantes nourricières de Polynésie
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Toutes n’ont pas la même origine. Plusieurs ont été transportées par les navigateurs polynésiens eux-mêmes, embarquées comme boutures ou comme rejets lors des migrations : c’est le principe des plantes de voyage, dont la présence dans une île témoigne du peuplement humain autant que du climat.
Le taro, plante des vallées humides
Le taro est une plante à large feuille dont on consomme le tubercule, riche en amidon, et les feuilles, cuisinées à part. Sa culture demande de l’eau en abondance : les taroières s’installent en terrasses irriguées dans les fonds de vallée, alimentées par un cours d’eau détourné.
Cette exigence en eau exclut le taro des atolls. Un anneau de corail n’a ni rivière ni sol profond, et la culture y est réservée à des fosses creusées jusqu’à la lentille d’eau douce, une technique lourde qui ne se compare pas aux terrasses des îles hautes. La distinction entre île haute et atoll se lit ainsi jusque dans les assiettes.
Les feuilles de taro entrent dans le fafa, plat où elles sont longuement cuites avec du lait de coco et du poulet. Elles ne se consomment jamais crues : une cuisson prolongée est indispensable pour neutraliser les cristaux qui irritent la bouche.
Le uru, l’arbre qui nourrit
Le uru désigne à la fois l’arbre à pain et son fruit. L’arbre est haut, à large couronne, et produit des fruits ronds à peau verte qui pèsent jusqu’à plusieurs kilos. Le fruit se consomme cuit — rôti sur les braises, cuit au four enterré, bouilli ou frit en tranches.
La particularité du uru tient à son rendement et à sa saisonnalité. Un arbre mature produit abondamment pendant sa saison, au point que la récolte dépasse la consommation immédiate. D’où une technique de conservation ancienne, le mahi : les fruits sont mis à fermenter dans une fosse tapissée de feuilles, où la pâte se conserve longtemps et sert de réserve en période creuse.
La banane fei et les autres
La banane fei se distingue nettement des bananes de dessert : ses régimes se dressent vers le haut, sa chair est orange vif, et elle ne se mange pas crue. Cuite, elle accompagne les plats ou entre dans le po’e. Elle pousse en altitude, dans les vallées des îles hautes, et sa récolte suppose une marche.
À ses côtés figurent la patate douce, l’igname, et le manioc, arrivé plus tardivement mais devenu courant. Le manioc a l’avantage de tolérer des sols pauvres et une pluviométrie irrégulière, ce qui explique sa diffusion rapide.
Le cocotier, à part
Le cocotier n’est pas une plante à amidon, mais il tient une place que rien ne remplace. Son eau se boit, sa chair se râpe, le lait qu’on en extrait entre dans presque tous les plats cuisinés — du poisson cru au fafa. Sur les atolls, où les cultures vivrières sont limitées, il constitue la ressource centrale.
Ses usages débordent largement l’alimentation : les palmes servent au tressage et à la couverture, le tronc à la construction, la bourre à la fabrication de cordage, l’amande séchée à la production d’huile. C’est cette dernière filière, le coprah, qui a longtemps structuré l’économie des Tuamotu.
Questions fréquentes sur les plantes nourricières
Quelle est la différence entre le taro et le uru ?
Le taro est une plante herbacée dont on consomme le tubercule souterrain et les feuilles ; le uru est le fruit d’un grand arbre. Le premier exige une terre humide et irriguée, le second pousse sans irrigation dès lors que le sol le permet.
Le uru se mange-t-il cru ?
Non. Le fruit de l’arbre à pain se consomme toujours cuit : rôti, bouilli, frit ou passé au four enterré. Sa chair crue est indigeste et sans intérêt gustatif.
Ces plantes poussent-elles sur les atolls ?
Très inégalement. Le cocotier prospère sur les atolls, le uru y pousse par endroits, mais le taro y demande des fosses creusées jusqu’à la nappe d’eau douce et la banane fei y est absente. C’est l’une des différences les plus concrètes entre les Tuamotu et les îles de la Société.